Bilan 2010 et Perspectives 2011

L’année 2010 est derrière nous et, à défaut d’avoir cette fameuse « oreille absolue »,  mes progrès niveau oreille sont évidents — malgré le manque de temps à consacrer à ce sujet, malgré mes envies. J’ai créé ce blog il y a 8 mois maintenant et je profite donc de ce début d’année pour dresser un premier bilan.

Progrès réalisés

Le travail occupe le plus clair de mon temps et la musique tient véritablement place de violon d’Ingres à l’heure actuelle. Néanmoins, le chant, la guitare et, surtout, de m’être mis au piano m’ont permis de faire progresser mon oreille.

Alors, nous sommes tous d’accords, il y a deux oreilles : l’oreille relative (la capacité à reconnaître des notes une fois que l’on dispose d’une note de référence ou, ce qui revient au même, la capacité à comparer des notes et estimer leurs intervalles) et l’oreille absolue (la capacité à reconnaître une note sans référence aucune ou, ce qui revient au même, la capacité à produire une note de mémoire).

Je me suis uniquement consacré au travail de l’oreille absolue.

Deux oreilles absolues?

On dit généralement que l’oreille absolue est acquise, « on l’a ou on l’a pas ». Alors comment puis-je « travailler » mon oreille absolue dans ces conditions?

Le travail consiste simplement à se concentrer sur le fait que chaque note sonne différemment d’une autre. Il s’agit de développer sa capacité à écouter autrement. Au lieu de se laisser emporter par la différence de hauteur entre deux notes (oreille relative, qui attire notre attention plus facilement), on se concentre sur le fait que le « timbre » de chaque note est différent (mais identique d’une octave à l’autre).

Cette observation simple, ajoutée au fait qu’il y aurait peut-être un gène pour l’oreille absolue (qui ne s’exprimerait, chez les porteurs, que chez les personnes ayant exercé leur oreille musicalement avant l’âge de 6 ans), amène quelques questions :

  • Y a-t-il deux oreilles absolues? Une innée (gène) et une acquise (si oui, quelle est la méthode?).
  • Les deux se valent-elles?
  • S’il existe bien un gène pour l’oreille absolue, jusqu’à QUEL POINT peut-on développer sa perception de l’oreille absolue SANS ce gène?

Mon travail a consisté à concentrer mon attention sur cette différence de timbre entre deux notes. Sur ce point, « Perfect Pitch », de David Lucas Burge, a été d’une grande aide.

Perfect Pitch, de David Lucas Burge

La méthode de David Lucas Burge (en anglais) aide à porter son attention sur cette différence de timbre entre deux notes. Toutefois, le prix me semble bien élevé pour l’aide apportée. La méthode décrit le chemin qu’a suivi David Lucas Burge pour lui-même acquérir l’oreille absolue, diverses manières de prendre davantage conscience de ces différences de timbre et, enfin, des exercices pour piano et guitare pour développer son oreille absolue. Gros bémol : les exercices sont rébarbatifs et nécessitent en général un partenaire (je n’ai rien contre l’idée de travailler mon oreille avec un partenaire, bien au contraire, mais c’est simplement une contrainte de plus pour s’y mettre).

J’aurais aimé voir davantage de techniques pour mémoriser les 12 tons. Si je parviens maintenant, avec l’oreille absolue, à reconnaître avec justesse des notes plus souvent que par le passé, je réalise que ce qui me fait défaut est la capacité à mémoriser le timbre de chaque ton. L’oreille relative fait que tous les tons ont tendance à se ressembler et, si la concentration sur l’absolue aide à voir les petites variations dans le ressenti de chaque note, le problème est que tout cela est très subjectif. Au sein d’un morceau, le ressenti d’une note dépend du contexte ; par exemple un La peut aussi bien être triste que joyeux selon le contexte. Aussi, il est important de travailler les notes séparément, de manière posée, en dehors de tout morceau, pour commencer, afin de se concentrer sur ce que chaque ton a d’unique niveau timbre.

Pour vous économiser 140 dollars, voici quelques pistes pour renouer avec cette reconnaissance des timbres au sein des notes :

  • Prenez votre instrument préféré et jouez un Fa#. Cette note est typiquement reconnue comme ayant un timbre « vibrant ». Fermez les yeux. Concentrez-vous sur la « couleur » ou la « texture » de ce ton. Répétez cela plusieurs fois, lentement, afin de percevoir la nature du son, indépendamment de toute autre note.
  • Ecoutez la même note 2 ou 3 octaves plus bas ou plus haut, à votre guise. Concentrez-vous de nouveau sur la nature du son, essayez d’oublier la différence de hauteur de note entre les octaves.
  • Fermez les yeux de nouveau et essayez de retrouver ce son « vibrant » ailleurs sur votre instrument. Procédez lentement et à tâtons. N’ouvrez les yeux que lorsque vous êtes convaincu d’avoir retrouvé ce son vibrant du départ, typique du Fa#.

Il se peut que vous réussissiez l’exercice dès le premier essai, il se peut que non. Ce n’est pas grave si vous n’y parvenez pas au premier essai. Essayez d’entendre la différence de timbre entre le Fa#de départ et la fausse note. Essayez cet exercice les jours suivants.

Essayez également cet exercice avec d’autres notes. Vous devriez percevoir que certains tons sont proches et d’autres ne le sont pas.

Cet exercice ne vous donne pas l’oreille absolue (avec toute son idée de perfection) mais vous offre une meilleure conscience de celle-ci. C’est une première étape indispensable. Cela développe chez vous une nouvelle manière d’aborder le son et affine votre oreille.

Un accordeur électronique (avec aiguille dans l’affichage) est également une bonne aide pour procéder en sens inverse et mettre un nom sur des notes que l’on a en tête ou les vérifier.

Mettre l’oreille relative de côté

Il est important de laisser l’oreille relative de côté lorsqu’on veut travailler son oreille absolue. Mon approche a consisté à travailler les groupes de notes le moins possible, au profit des notes seules. Ainsi, pour reproduire un air, j’essaie plutôt de percevoir la première note de celui-ci avec précision plutôt que diverses notes prises en même temps. Je me suis aussi concentré dans un premier temps sur les notes seules plutôt que les accords, afin que ma reconnaissance des tons ne soit pas perturbée par les autres tons de l’accord.

De la même manière, j’ai essayé de travailler sur tout le clavier (j’ai principalement travaillé mon oreille sur le piano plutôt que la guitare) afin de m’habituer à voir plus loin que la différence sombre/clair entre les sons. A noter : dans un premier temps, il me semblait préférable de travailler les graves plutôt que les aigus, ceux-ci ayant une durée plus longue sur un piano.

Lorsque j’essaye de retrouver un air, si je ne retrouve pas la tonalité au premier essai, plutôt que d’essayer de voir si je suis « trop haut ou trop bas », j’essaye d’écouter le timbre de la note et de retrouver lequel correspond au morceau que j’écoute ou ai en tête.

Comme c’est sur l’oreille relative que se concentre la majorité de la pratique musicale traditionnelle, les musiciens expérimentés auront peut-être plus de difficulté que les débutants sur ce travail. Les débutants et les enfants auront à mon humble avis plus de facilité à se prêter au jeu de l’entraînement de l’oreille absolue.

Progrès

En procédant comme décrit plus haut et en testant mon oreille sur divers morceaux au gré du hasard (but : reproduire un air dans la bonne tonalité au premier essai), j’ai clairement senti des progrès dans ma perception du son sous l’angle « absolu ».

Il s’agit pour l’instant de petites victoires mais le progrès est bien là, avec pourtant un travail plutôt minimal de fourni, faute de temps. Quelques exemples : retrouver des airs au premier essai, retrouver des notes au premier essai, retrouver les noms des cordes d’un violoncelle ainsi qu’un air avec justesse. Je ne réussis pas tous mes tests à chaque fois mais l’augmentation du nombre de réussites et le fait d’être plus prêt de la bonne note lorsque j’échoue est encourageant. Parfois, aussi, je confonds simplement deux notes qui ne sont pourtant pas proches de manière répétée (exemple type : Mi et La) simplement parce que leur timbre me semble similaire. Il me semble bien plus facile de retrouver la note sur le piano (ou sur la guitare) que de la nommer. Enfin, je commence à percevoir les multiples notes qui le composent lorsque j’entends un accord.

Il s’agit pour moi de victoires modestes mais encourageantes qui montrent clairement qu’il y a une marge de progrès dans le travail de l’oreille absolue, bien opposée à l’oreille relative. (Il est important de discerner lorsqu’on travaille l’un ou l’autre.)

Limites

Les témoignages sur ce site et ailleurs me donnent maintenant une vision assez claire de ce qu’est l’oreille absolue chez quelqu’un qui la maîtrise : une sorte de décodeur humain de notes en tons. Chez certains, la capacité de nommer toutes ces notes ainsi décodées. Chez d’autres, la capacité de les reproduire sur leur instrument à défaut de les nommer.

C’est-à-dire, la capacité à reconnaître le timbre de chaque note (et donc à identifier cette note, soit en l’association à son nom, soit en l’association à une position sur l’instrument), de manière rapide. Maintenant, que se passe-t-il lorsqu’il y a de nombreuses voix en simultané? Est-ce que vous êtes capable de « décoder » toutes les voix en notes en simultané? Aussi, êtes-vous capables de dire l’octave de la note en plus de son ton?

Alors, mon témoignage est bien sûr bien en de ça de cette réalité mais après tout cela ne fait que 8 mois que j’y travaille (quelles sont les capacités de départ d’un enfant qui a l’oreille absolue lorsqu’il commence la musique?). Il me semble intéressant de noter que cette capacité à identifier les tons au sein d’une musique n’en est encore qu’à ses débuts dans le monde informatique. Il existe certes des accordeurs capables d’identifier une fréquence et donc une note… En revanche, un logiciel capable de faire la même chose sur un morceau et sa superposition de voix n’est qu’une invention récente et constitue une révolution dans le monde de la musique sur ordinateur¹. Cela montre que la capacité à même comprendre le phénomène n’en est encore qu’à ses débuts.

Par ailleurs, un des problèmes lorsque l’on désire travailler son oreille devient rapidement : comment se tester?

On ne peut pas se tester sur un morceau que l’on connait, faute de savoir si c’est l’oreille ou la mémoire qui travaille.
On ne peut pas se tester sur un morceau pop avec certitude car les partitions ou tablatures trouvées en ligne ne sont pas toujours fiables.

Objectifs et méthode

Pour cette année, j’ai quelques pistes de travail pour l’oreille absolue :

  • Revenir aux bases (perception des notes isolées), notamment sur des instruments où les notes « durent » (comme un orgue) et sans saigner des oreilles (choisir de bons sons, ce sera sur ordinateur à l’aide d’instruments virtuels à base de samples).
  • Poursuivre ma décomposition des accords avec l’oreille absolue.
  • Tester une méthode d’apprentissage du manche de la guitare qui pourrait m’aider à améliorer mon oreille absolue.
  • Essayer le « M.A.P. Test Drive » de Katja Keller, payé prix coûtant, qui permet en principe d’acquérir la reconnaissance de deux notes.
  • Travailler ma capacité à nommer les notes plutôt qu’à les trouver sur un instrument. Pour cela, m’intéresser davantage à tout ce qui est communication cerveau gauche-cerveau droit.
  • Produire mon projet de test en ligne de l’oreille absolue, avec un mode entraînement personnalisé.

M’acheter un instrument à cordes non fretté est tentant mais me semble prématuré faute de temps. Ce serait pourtant idéal pour travailler mon oreille davantage. Si je trouve un violon pour une misère je saisirai l’occasion.

Conclusion

La question qui se pose maintenant est : jusqu’à quel point puis-je pousser ma perception absolue des notes?

La réponse dans un prochain numéro :)

Si vous avez des témoignages à apporter en tant que personne qui a l’oreille absolue ou qui essaye de la développer, vous êtes bien entendu les bienvenus.


Références :
¹ http://www.fluctuat.net/blog/10181-Melodyne-revolution-sonore

L’oreille absolue : pourquoi on (ne) l’a (pas)

Qu’il s’agisse de discuter du sujet de vive voix ou de lire sur la question sur le Web (anglais ou en français, c’est pareil), je réalise que le sujet le plus fréquent autour de l’oreille absolue est un débat : l’oreille absolue, « innée -versus- acquise ».

D’un côté, ceux qui défendent dur comme fer que c’est inné : ils s’attendent à ce que la génétique mette un terme au débat en identifiant une clef expliquant pourquoi certains l’ont et d’autres non. Certainement, la génétique nous fournira des explications sur cette facilité un jour… Cela se fera-t-il sous forme binaire (on l’a ou on l’a pas) ou avec des nuances (une prédisposition génétique qui s’exprime ou non selon des conditions de vie)… c’est ce qui reste à voir. De l’autre côté, les défenseurs de l’idée selon laquelle on peut l’acquérir avec, en général, une large réserve liée à l’âge. Il faudrait, idée répandue, avoir eu de la chance dès le berceau, tel que naître dans une famille de musiciens.

Dans tous les cas, il n’y a aucune réponse définitive à l’heure actuelle, ce qui fait relever le sujet de la croyance. Il est toujours intéressant de voir pourquoi on croit ce que l’on croit. Alors, je vais vous dire pourquoi je crois que l’on peut acquérir l’oreille absolue.

Au delà des croyances, je dresse également des observations susceptibles d’expliquer pourquoi elle n’est pas si répandue… ce que j’espère être des débuts de solution.

Pourquoi pourquoi pourquoi, pourquoi j’y crois

Il y a quelques années… J’essayais d’apprendre la guitare. Je vous épargne les détails de débuts laborieux mais disons, simplement, que je suis passé par ces étapes, niveau « oreille » :

  • Incapable de distinguer une guitare d’une basse dans un morceau.
  • Incapable de distinguer de nombreux instruments les uns des autres dans un morceau.
  • Incapable d’accorder ma guitare à elle-même (pffft!!!…).
  • Incapable d’entendre une fausse note en essayant de jouer un morceau.
  • Incapable de distinguer les différents sons qui forment un accord.
  • Incapable de détecter si je transposais un morceau par erreur.

Alors, toutes ces actions ne nécessitent pas l’oreille absolue. En revanche, elles mettent en évidence à quel point mon oreille était fermée, puisque j’arrive maintenant à faire tout cela.

Qui plus est, mes progrès se sont vraiment accélérés lorsque j’ai eu l’occasion de lire en partie la méthode « Perfect Pitch » de David Lucas Burge. Non pas que la méthode soit miraculeuse mais elle avait le mérite certain de porter mon attention sur les sons plutôt que de me laisser déborder par la technique. Résultat : je faisais davantage attention à la « vibration » différente de chaque note et à son caractère particulier. J’améliorais mon oreille dans son ensemble, relative comme absolue.

Mon cheminement est simple : si j’ai pu faire de tels progrès partant de si loin, pourquoi ne pourrais-je pas aller plus loin?

Si j’ai pu améliorer mon oreille absolue au moins en partie, jusqu’où puis-je l’amener?

Enfin, j’ai souvent entendu ceci :

« Je n’ai pas le don pour. Il faut commencer jeune ».

J’ai entendu cela dans deux domaines différents : les langues vivantes et la musique. Il se trouve que mon métier consiste à aider les gens à apprendre l’anglais (voir mon site Web pour apprendre l’anglais), que je ne travaille pas avec des enfants en la matière, que je n’ai pas appris à bien parler anglais à un âge particulièrement jeune et que j’ai vu suffisamment de personnes faire des progrès importants, dès lors qu’elles adoptaient les bonnes habitudes, pour me convaincre que l’âge n’est pas une limite.

Dans un domaine comme dans l’autre, développer son oreille est essentiel (on ne peut reproduire correctement, mentalement et physiquement, que les sons que l’on perçoit clairement). Alors, je comprends très bien que l’on puisse se décourager et il est tout à fait naturel de penser que la jeunesse (mais quand est-ce que ça s’arrête déjà la jeunesse, hein? :)) facilite certaines choses… C’est toutefois bien dommage de partir perdant. Musique ou langues : les efforts pour développer son oreille payent.

« Testez-moi! »

Aujourd’hui, je réussi le test d’oreille absolue suivant à 5/5 à chaque fois en trichant

Test d’oreille absolue chez Symphozik

J’explique le « en trichant » : je le fais face à mon piano et j’essaye 3-4 notes avant de trouver la bonne.

Mon observation est la suivante : je suis capable de distinguer chacun des 12 tons…

Si je mémorise une note à court-terme (je joue à la répéter sur le clavier) puis m’impose une coupure (je hasarde plein de notes) puis recherche de nouveau la note sur le piano, les yeux fermés, je la retrouve aussi. Avec moins d’efficacité qu’au jeu précédent, mais tout de même… Suffisamment pour me dire que mon oreille est bien conçue pour distinguer les différents tons.

On peut dire que, actuellement, c’est ma mémoire de ces tons pèche. Je n’ai pourtant pas à me plaindre de ma mémoire pour le reste mais la nature du sujet est différente : je pense qu’il faut encore du temps (lire : des efforts + de la récupération) pour que ces sons se « gravent » dans ma mémoire et les mémoriser à moyen puis long terme.

(Le lecteur pourrait faire remarquer que c’est mon oreille relative qui me permet de réussir le test ci-dessus avec piano : je ne pense pas… Car c’est bien sur le caractère de la note, son ton, que je m’appuie pour la retrouver. C’est-à-dire : ce petit rien, que j’espère voir devenir de plus en plus évident, qui fait qu’une note ne sonne jamais comme sa voisine.)

L’oreille absolue : pourquoi on ne l’a pas

L’oreille absolue me passionne et, à force de lectures et de réflexions, voici des éléments qui pourraient facilement expliquer pourquoi l’oreille absolue n’est pas plus répandue.

Nous sommes avant tout visuels

Culturellement, l’image domine sur le son.

Culturellement : on apprend à dessiner dès le plus jeune âge (attention, je n’ai pas dit à « bien » dessiner :)). Les enfants apprennent les noms des couleurs, et à les distinguer, dès la maternelle, si ce n’est avant. C’est un passage obligatoire.

On peut dire qu’il y a aussi de la musique à l’école : non? Question quantité, cela se discute… Voici une image : mettez quinze enfants de maternelle à dessiner, chacun son ouvrage… Imaginez à quoi cela ressemble. Vous avez l’image en tête? Bien. Maintenant, imaginez quinze enfants du même âge en train de faire chacun de la musique, chacun son instrument… Hmm?! Pas très reposant ou gérable tout cela! On me répondra qu’il y a des chorales, etc… Soit. Dans tous les cas, si tous les enfants ont dessiné plusieurs fois au moins à un âge donné, le nombre d’heures consacrées à la musique, globalement, est loin d’être le même. La solution à cela s’impose d’elle-même : pour développer l’oreille absolue, permettre aux enfants, à l’école et à la maison, de faire davantage de musique.

Le temps favorise l’image plutôt que le son

« Les paroles s’envolent, les écrits restent ».

Il est beaucoup plus aisé de prendre le temps de réfléchir et de percevoir sur un support visuel… plutôt qu’un support sonore.

Contempler une image, quelle qu’elle soit, laisse tout loisir à son observateur de saisir des nuances, d’observer les détails… Sans réelle limite. L’œuvre visuelle est toujours disponible, sans interruptions.

La musique, elle, impose une contrainte, celle du temps. S’attarder sur des détails, distinguer des nuances… est un exercice limité par la mémoire de l’auditeur. Pour apprendre d’une oeuvre sonore, il s’agit de la répéter et répéter encore. L’œuvre sonore fuit son observateur.

C’est-à-dire que, en dehors de questions culturelles, et simplement par nature, le son est défavorisé par rapport à l’image.

Le langage n’est pas approprié

Langage et musique se confondent

On utilise le langage pour nommer et identifier ce qui nous entoure. Le langage est avant tout un média sonore (le texte est apparu comme produit de la parole, et non pas l’inverse). Partant de là, on peut considérer sans exagérer que le langage relève de l’audition et sollicite donc notre ouïe. (On peut également visualiser du texte mais ce n’est pas la voie la plus directe.) C’est le fameux monologue interne.

On observe partant de là que, pour nommer les choses en musique (« choses » sonores), en utilisant le langage, on utilise notre audition de nouveau. On utilise donc un même sens pour, à la fois, nommer et percevoir la musique. C’est comme de doubler le trafic sur une même voie.

Cela peut sembler un détail mais si l’on compare avec la vue, la situation n’est pas la même : lorsqu’on contemple un tableau ou une couleur, la perception et l’étude de l’objet empruntent des voies différentes — la vue pour percevoir ; l’ouïe pour nommer. Il n’y a pas la même notion d’encombrement ou le même phénomène qui consiste à utiliser un même sens pour deux actes différents. Cela explique à mon avis la difficulté éprouvée lorsqu’on débute en musique : on doit par un même canal réfléchir et percevoir. Tant que l’on est pas en mesure de faire cela, la musique risque d’être difficile.

Prenons des exemples concrets : lorsque j’essaye de mémoriser comment sonne un Do, je dois, simultanément, bien écouter la note en question (ouïe) et mémoriser que c’est bien « Do » que s’appelle cette note (ouïe encore). Lorsqu’on apprend le nom des couleurs, enfant, les choses sont bien plus simples : l’image est là d’un côté (vue) et le son est là de l’autre (ouïe), les deux sont cloisonnés, ce qui évite toute confusion niveau perception.

Le langage musical manque de précision

En musique, un même terme désigne souvent plusieurs choses, souvent voisines et pourtant différentes.

Dans le vocabulaire général…

Le meilleur exemple est le mot « note« , qui peut tout autant désigner un son bien précis dans un morceau (par exemple, le son joué au 3ème temps de la première mesure) -ou- un ton (par exemple, un Do par opposition à un Ré). Qui plus est, on désigne habituellement par un même nom des notes pourtant différentes.

De la même manière, on manque de précision lorsqu’il s’agit de nommer les notes. Or, un élément fondamental à la mémorisation (ainsi qu’aux idées claires) est la capacité à associer un élément à un et un seul concept. Dans notre cas, pour l’oreille absolue, on voudrait associer un son unique à un nom unique. On voudrait pouvoir dire « ceci est un La à la 5ème octave » ou similaire ou toute notation tout aussi précise.

Or, d’un côté, on multiple les mêmes noms pour des notes différentes. Ainsi, un Do à une octave donnée et le Do de l’octave suivante seront nommés de la même manière, alors qu’il s’agit pourtant de notes différentes (les sons vibrent à des fréquences certes proportionnelles… pourtant  bien différentes).

De l’autre côté, à l’inverse, on multiple les étiquettes pour un même son. Les altérations font figure de parents pauvres de la gamme majeure et ne disposent pas de leurs noms propres. Alors qu’à notre époque, et depuis maintenant quelques siècles, la gamme tempérée est en usage partout en Occident, ce qui nous donne les 12 notes que nous connaissons tous… On continue à nommer les altérations d’après les notes qui les encadrent. Pourtant, un Fa# et un Sol ♭sont et seront toujours, tant que l’on reste dans la gamme tempérée, le même ton. L’attachement à cette notation (où toute altération n’est donc, niveau dénomination, que la dérivée d’une autre), reflète également l’importance attachée à l’oreille relative plutôt qu’absolue, dans la culture musicale.

Manque de précision dans les notations

Les deux principales notations internationales n’arrangent rien.

Alors que, sur un piano standard à 88 notes, la première note se nomme A0 en notation anglo-saxonne; en notation latine, le La0 ne se retrouve que 12 notes plus loin. Tant et si bien que, au milieu du piano, le fameux « A 440″ ou « La 440″ (pour 440 Hertz) est A4 en notation anglo-saxonne mais La3 en notation latine. Lorsqu’on désire gagner en précision pour nommer les notes, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique.

Enfin, les accords n’arrangent rien puisque l’on appelle « Do » aussi bien une note qui en est réellement un qu’un accord de Do qui n’est, par définition, pas un Do mais un composé de notes. Les notations n’arrangent rien là non plus puisqu’un « C6″, pris isolément, peut aussi bien désigner la note produite par la 64ème note du piano qu’un accord de 6ème. (Sans parler de la voiture :))

Cela peut sembler être beaucoup de préoccupations pour un domaine où, dans le fond, il s’agit d’appuyer sur les bonnes notes aux bons moments, et de respecter certaines rapports harmonieux entre les dites notes?… Pour faire ces jolis sons qu’on appelle « musique »?…

Rappelons-nous que dans « oreille absolue », « absolue » ne se rapporte pas à une question de valeur mais, simplement, à une question de précision. L’oreille absolue, c’est, d’abord, la capacité à distinguer clairement les différences entre des sons proches. Un moyen d’assimiler cela serait de disposer d’un langage adapté, afin de mieux discerner et savoir ce dont on parle exactement.

Le vocabulaire se met donc en travers du chemin sur cette question et il est, à mon avis, question de l’adapter, pour se l’approprier et améliorer, à la fois, son oreille et sa mémoire.

Il faudrait ainsi, pour s’ouvrir à l’oreille absolue, bien distinguer les concepts suivants :

  • Les tons.
    - Un Do pris à une octave et le Do pris à l’octave suivante ne sont pas la même note mais sont bien le même ton.
    - Sur un piano, Ré# et Mi♭sont le même ton (enharmonies).
  • La hauteur en tant que fréquence, qui donne du « caractère » aux sons.
    - Sur un piano, deux notes voisines ont toujours des fréquences très proches.
    - Parvenir à distinguer que les notes très proches, en dehors de toute question d’oreille relative, ont des sonorités également très proches, qu’elles ont presque le même caractère.
  • La hauteur en tant que sensation « grave/aigüe », qui donne de la « luminosité » aux sons.
    - Sur un piano, parlons-nous de notes plutôt à gauche, au milieu ou à droite du clavier?
    - La langue allemande possède un terme pour ce concept de « luminosité » des notes.
  • Les notes elles-mêmes.
    - Les notes peuvent alors être prises comme la combinaison d’un ton (« caractère ») et d’une hauteur (« luminosité »).

Une telle perception de la musique permet déjà de voir que, tout comme il existe une manière relative d’envisager la musique (fondée sur les rapports de notes), il existe une manière absolue de l’envisager (fondée sur la précision).

Une question d’attention

On porte notre attention sur les variations de hauteur

On privilégie le mouvement à ce qui et fixe. C’est dans la nature humaine. Ce qui bouge attire notre attention. Il n’y a qu’à s’imaginer un fauve à nos trousses il y a quelques millions d’années ou, plus courant de nos jours, cette invention incroyablement captivante, de gré ou de force : la télévision.

C’est ainsi, avant tout, la variation de hauteur des notes qui attire notre attention.

La musique est avant tout mouvement. Ce sont les intervalles musicaux qui créent l’harmonie. Or, toute question d’intervalle peut se résoudre via l’oreille relative. Pour construire une œuvre, la seule oreille relative suffit. C’est pour cela que de nombreux musiciens disent que l’oreille absolue n’est pas indispensable pour bien jouer, ou même faire carrière, et ils ont raison. (Gardons toutefois en tête que de nombreuses choses ne sont pas indispensables dans la vie. Ca ne veut pas dire qu’elles sont inutiles.)

Je pense qu’il y a une pré-disposition, chez l’Homme, à porter son attention sur l’oreille relative plutôt que sur l’oreille absolue. Puisque, après tout, qu’importe le point de départ, tant que la musique nous emporte? L’Homme n’est pas l’animal le plus précis qu’il soit. La précision demande des efforts.

D’un point de vue évolutif, certaines théories supposent un lien entre langage et musique. Notre capacité à distinguer des variations dans la hauteur des sons nous aurait permis de développer le langage. D’ailleurs, d’un point de vue scientifique, les voyelles existent chacune dans un intervalle précis de fréquences, qui n’est pas le même pour chaque voyelle. Concrètement : notre oreille relative distingue le passage d’un son d’une certaine fréquence à une autre fréquence et notre cerveau interprète cela comme telle ou telle voyelle. Ces intervalles ne sont pas fixes et varient d’un individu à l’autre, voire chez une même personne. Tout cela pour dire que c’est notre oreille relative qui nous permet de « décoder » le langage. Si le goût, chez l’Homme, pour la musique, descend de sa faculté de langage, cela expliquerait naturellement notre prédisposition à distinguer l’oreille relative, plutôt qu’absolue.

Il s’agirait alors, sans abandonner l’oreille relative, de re-concentrer ses efforts sur l’oreille absolu, sur le caractère unique de chaque note et le sens du détail, de la précision, sur les tons.

On porte notre attention sur la « luminosité » du son

Dans le prolongement de la partie précédente, mais sur un intervalle plus large, on remarque davantage le passage de grave à aigüe, plutôt qu’un changement de ton. Si l’on fait le parallèle avec la voix humaine, c’est somme toute assez naturel : on prête davantage attention à quelqu’un qui se met à hurler ou à crier plutôt qu’à quelqu’un qui module tout légèrement sa voix.

Il s’agit là aussi de porter son attention sur une zone un peu négligée, afin d’étendre ses capacités et raffiner son oreille.

Mais, et maintenant?

L’idée de cet article était de vous faire voire que de nombreux facteurs jouent à notre encontre concernant l’oreille absolue. Ce n’est pas de notre faute.

Est-ce une raison pour baisser les bras oreilles?

Ces problèmes ont beau être nombreux, en prendre conscience permet ensuite de les résoudre en travaillant par isolation. Certains sont culturels, d’autres sont des tendances de la nature humaine.

Le fait est que notre capacité à porter notre attention sur telle ou telle partie du son et de la musique est intacte. Connaitre ces éléments à isoler est la clef. Ce faisant, nous pouvons développer notre oreille.

A bientôt pour des tests et exercices interactifs de développement de l’oreille et une critique du livre de David Lucas Burge.

L’oreille absolue : raison, mythes et définition

J’ai ouvert plusieurs blogs récemment et mon adversaire dans le fait de les mettre à jour régulièrement est mon désir de ne poster que des articles complets et de qualité. Mettons le perfectionnisme de côté pour le moment, voire pour toujours! C’est parti…

Pourquoi l’oreille absolue?

Je désire composer. Je suis musicien amateur et j’ai depuis au moins 10 ans des airs de musique qui me trottent dans la tête, bien avant d’avoir su jouer mon premier morceau. Si je pouvais avoir un orchestre/groupe/équipe-de-production/machine pour produire ces morceaux « mentaux » en morceaux bien audibles, je le ferais volontiers.

D’ici là, je fais un peu de guitare, suffisamment modestement pour en avoir conscience mais parfois suffisamment bien pour avoir eu ces quelques validations de la part d’inconnus qui font plaisir. Depuis peu, je me suis aussi mis au piano. L’un dans l’autre, je peux retrouver un air, ou me faire plaisir à jouer, ou m’approcher dans tous les cas un peu plus de mon but. Pourtant…

Le fait demeure, en dehors de tout instrument : si j’ai un air en tête et aucun instrument sous la main, comment le noter?? Soit, je peux sortir mon téléphone portable et fredonner l’air (pour par la suite essayer de le restituer). Ce n’est toutefois qu’une solution de dépannage.

Qui plus est, quel que soit son niveau en tant que musicien, je pense qu’il reste toujours gênant de ne pas être en mesure de dire ce que l’on joue, simplement à l’oreille, et qu’il faille s’aider de la partition ou du toucher pour être en mesure de savoir quelles notes l’on est en train de jouer. Le son a beau être à la base de la musique, la vue et le toucher semblent souvent dominer son apprentissage.

L’unique solution acceptable : CONNAITRE le nom de ces notes que j’ai en tête et les écrire.

L’oreille absolue : au-delà du fantasme

Une des premières choses que l’on lit sur l’oreille absolue, c’est que Mozart l’avait. D’où une certaine aura de mythe qui tourne autour du sujet, comme s’il s’agissait d’un don du ciel. Mozart savait aussi lire la musique. Et écrire. Et beaucoup d’autres choses. S’il reste un compositeur qui a traversé les époques, cela ne signifie pas pour autant que la compétence « oreille absolue » relève du rarissime. Le terme d’oreille absolue est d’ailleurs sans doute malheureux, un peu trop pompeux, un peu trop synonyme de perfection.

A l’inverse, on peut lire (mais les sources viennent à manquer concernant la plupart des allégations faites sur le sujet), que « 95% des musiciens doués de l’oreille absolue ont commencé la musique avant sept ans ». C’est déjà plus intéressant. Evidemment, faute de sources et d’études, cela n’apprend pas à développer son oreille. Il s’agirait aussi de définir précisément l’oreille absolue et les critères permettant de dire « L’a / L’a pas ».

Qui plus, comme pour se dédouaner de la nécessité de développer son oreille, un des éléments qui arrive le plus rapidement ensuite sur le sujet est la remise en cause de son utilité. Comme si l’oreille absolue pouvait être une boîte de Pandore plutôt qu’une boîte à outils (élément certes peu poétique mais, par définition, bien utile :D). L’argument avancé est que des « absolutistes », puisque c’est ainsi qu’on appelle cette race à part, sont perturbés par leur don, incapables d’apprécier pleinement un morceau dès lors qu’il est transposé ou n’utilise pas l’accordage standard en La4 = 440 Hz. Je ne doute pas que cela puisse arriver mais cela me semble une angoisse un peu gratuite face à une compétence bien utile!

Laissons donc tous ces fantasmes obscurs de côté et…

Faisons simple : connaissez-vous le nom des couleurs? Le rouge, le bleu, etc. Il n’y a pas de piège. Oui? Bien. Si je vous dis « rouge », arrivez-vous à vous représenter la couleur mentalement? Bien. Pour toutes les couleurs primaires et leurs composantes les plus communes, il n’y a pas de souci, que ce soit pour les nommer ou se les représenter mentalement. Pour les teintes un peu moins franches, il y a parfois débat (si vous n’avez jamais assisté à un débat « C’est mauve! » -versus- « Non, c’est violet! », je vous présente des amis :)). Eh bien, c’est du même type de capacité, cette fois à un niveau sonore, qu’il s’agit de traiter concernant l’oreille absolue.  (Je reviendrai sur les parallèles entre univers visuel et sonore dans un prochain article.)

L’oreille absolue : une définition

On définira pour l’heure l’oreille absolue comme la capacité à identifier et reproduire une note en l’absence de référence extérieure. Cette définition reconnait le côté éventuellement « démonstratif » (tape-moi des notes au clavier, je te dis ce que c’est) de la chose, ainsi que son utilité fondamentale (dictée de notes, avec comme source une mélodie extérieure ou mentale) et, enfin, son aspect plus actif et vivant, dans la reproduction de notes (notamment mentalement, la capacité à « lire la mélodie » dans sa tête comme on lit une partition).

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Dans le prochain article, je partagerai un exercice simple démontrant que nous avons tous les bases de l’oreille absolue, ainsi que mes débuts avec la méthode américaine  » Perfect Pitch « , de David Lucas Burge.

Acquérir l’oreille absolue!…

Bonjour et bienvenue sur ce blog!

Ce blog consiste en une « aventure musicale » d’un genre un peu particulier : ma recherche de l’oreille absolue.

Souvent, les gens répondent à ce type de quête que cela est ridicule, que l’on naît avec l’oreille absolue ou non. Cela me semble être une réponse un peu superficielle… et défaitiste…¹ Les gens naissent-ils capables de lire, écrire et parler? Les gens naissent-ils capables de nommer une couleur? Les gens naissent-ils avec un gêne pour parler UNE langue en particulier? Je n’accepterai donc pas de débat sur la question :-)

Je pars avec l’idée que reconnaître une note s’apprend. De même que la capacité à se rappeler d’une note mentalement.

C’est d’ailleurs indispensable à mon expérience et j’espère que vous apprécierez ce récit-blog.

Les méthodes

Après avoir acheté ma première guitare classique, il y a quelques années, je suis tombé sur un cours bien prometteur, en anglais : « The Perfect Pitch Ear Training« , par David Lucas Burge. C’est un cours qui prétend que l’on peut apprendre à reconnaître les notes de musique, partant du principe qu’elles ont toutes une sonorité bien particulière… L’auteur fait le parallèle avec les couleurs : tout un chacun sait nommer ou visualiser les couleurs qu’il voit… Vous pouvez distinguer un rouge clair d’un rouge sombre… Un vert, d’un bleu… Vous êtes « fait » pour cela. Si vous le désirez, ces couleurs se rappellent à votre esprit. Qui plus est, vous aurez tendance à associer des souvenirs et des sensations à chaque couleur… Par exemple, le rouge est une couleur intense, propre à la passion (amour) ou à la violence (couleur du sang). Le vert évoque la nature. Le bleu est souvent reposant. Ainsi de suite.

David Lucas Burge défend l’idée que l’on peut réaliser le même genre de distinction en matière de notes de musique. Son exemple le plus mémorable pour moi est qu’il présente Fa# comme une note très vibrante… ce qui la distingue des autres. Il s’agit d’ouvrir ses oreilles, de mieux discerner et de faire réellement attention aux sons (cela est bête à dire et constitue pourtant un rappel nécessaire : dans l’apprentissage de la musique, on se concentre facilement trop sur la technique, qu’il s’agisse de dextérité, de rythme ou de déchiffrer une partition… au détriment de la perception sonore).

Débordé par le travail, je n’ai jamais fini l’écoute de cette méthode. Toutefois, partant d’un niveau musical bien modeste et gardant toujours en tête cette idée d’écouter attentivement les notes et de voir ce que chacune a de particulier, mon oreille s’est développée, d’année en année.

Récemment, j’ai fini par suivre mon envie de longue date de me mettre au piano…

N’ayant jamais vraiment fait de solfège, n’ayant aucune envie de m’y mettre (mais ayant fini par le faire histoire de m’ouvrir des portes :-)), le désir de développer mon oreille, d’acquérir l’oreille absolue, est réapparu. Attaquant les choses avec un oeil neuf, curieux d’apprendre tout en étant prêt à remettre les choses en questions, aussi bien en matière de notation musicale que de solfège, j’ai découvert des notations musicales alternatives complètes et des solfèges alternatifs ².

Le hasard m’a également fait découvrir le site de Katja Keller et sa méthode M.A.P. (pour « My Absolute Pitch »), qui existe en français. Inscrit à sa newsletter et ayant regardé sa vidéo de présentation du produit, je reste toutefois sur mes gardes en raison du prix élevé de la méthode et du manque de détails quant à son contenu. Si on peut lui pardonner ses nombreuses fautes de français parce qu’elle est Danoise et parce que l’ensemble de sa présentation a le don de susciter la curiosité (elle semble convaincue que sa méthode fonctionne), le prix, encore, pousse à rester sur ses gardes, de même que le concept de « vente Flash ».

Je lui ai écrit aujourd’hui pour davantage de renseignements, nous verrons ce que cela donne. Pour info, sa méthode est aussi disponible en anglais. Les articles sur celle-ci, en revanche, viennent à manquer, et quelques témoignages négatifs découverts à son sujet me poussent à ne pas commander sans réponse de sa part.

Je mentionnerai bien entendu toutes les méthodes dignes de ce nom (ou, à l’inverse, dont il faut se méfier) au fil de ce blog.

Pour l’instant, je tiens à mentionner l’acquisition de l’oreille absolue par « Melody Triggers » (littéralement : « déclencheurs de mélodie »). Le principe : on associe chacune des 12 notes à un morceau, où la première note du morceau est la note associée. Ce qui m’interpelle là-dedans est que j’avais commencé (après avoir découvert le livre de David Lucas Burge) à faire de même de mon côté, pour mieux mémoriser! J’avais commencé à compiler une liste de chansons dont j’avais reconnu la première note. Il me reste à lire davantage sur cette méthode. Si vous êtes curieux ou impatient, voici un site qui semble complet sur le sujet : « Melody Trigger Method FAQ » (en anglais).

A l’inverse, après recherche sur le Web, la méthode « Pure Pitch » (en anglais) semble être à éviter : peu sérieuse, onéreuse et remplie de fautes. (Du moins si l’on en croit cet article, très bien rédigé.)

L’oreille absolue est encore une sorte de Graal (à la différence, importante, qu’on connait des gens ayant l’oreille absolue… Je ne connais personne ayant goûté au Saint Graal!) et les méthodes semblent pulluler… J’essayerai donc d’en faire le tour.

Ah, enfin, je tiens à être clair : j’aime écrire, j’aime apprendre, j’aime partager sur ce que j’apprends (d’où ce blog) et j’aime entreprendre. Partant de là : si je découvre qu’une méthode, de mon cru ou mélange d’autres méthodes, fonctionne, je n’hésiterai pas à en faire un livre (format texte ou audio) et à le vendre via ce site. Auquel cas, ce blog aura été son berceau.

Mais nous n’en sommes pas là!… D’ici là, je ne peux qu’être heureux que vous lisiez ce site et, question… Aurai-je l’oreille absolue?

J’espère que cette mise en bouche vous a plu et à bientôt!
Fabien

NOTES :

¹ Si l’on pense que l’oreille absolue est strictement innée… On n’essaye(ra) pas de l’acquérir. C’est un raisonnement vrai pour beaucoup de domaines (notamment les langues). Ce que j’observe c’est qu’aucune étude n’a prouvé l’un ou l’autre… On peut soupçonner que cela soit comme beaucoup de choses : de rares personnes auront de grandes facilités (par l’éducation ou un bon tirage au loto de la génétique) tandis que d’autres rares personnes auront un facteur qui les en empêche catégoriquement (de manière similaire au daltonisme pour le champ visuel, par exemple, ou certaines maladies pour la surdité). Pour la majorité qui se trouvent entre ces deux extrêmes, je suis confiant qu’il y a des cartes à jouer pour savoir reconnaître les notes — et les mémoriser, reproduire.

² Je prends ici solfège au sens de solmisation, du fait de nommer (ou chanter) les notes par une syllabe. J’ai ainsi découvert que certains systèmes attribuaient un nom de note particulier aux notes altérées. Chose pour moi rassurante après m’être mis à faire la même chose personnellement. Voir le tableau « Chromatic variant of fixed do » (Wikipedia) pour un exemple. Ces noms sont arbitraires et n’ont rien de standard, ils constituent toutefois une étape supplémentaire pour nommer les choses de manière unique en musique. Un des principaux défauts de la musique et un frein au développement de l’oreille absolue est, à mon avis, l’utilisation de mêmes mots pour différentes choses (éventuellement liées, mais néanmoins différentes). Avoir une même étiquette pour différents concepts est un frein à la mémorisation. Chanter Do# (ou Ré♭), « do » ou « ré » ne peut pas aider à séparer mentalement deux (ou plutôt trois) sons pourtant différents.

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