Bilan 2010 et Perspectives 2011
L’année 2010 est derrière nous et, à défaut d’avoir cette fameuse « oreille absolue », mes progrès niveau oreille sont évidents — malgré le manque de temps à consacrer à ce sujet, malgré mes envies. J’ai créé ce blog il y a 8 mois maintenant et je profite donc de ce début d’année pour dresser un premier bilan.
Progrès réalisés
Le travail occupe le plus clair de mon temps et la musique tient véritablement place de violon d’Ingres à l’heure actuelle. Néanmoins, le chant, la guitare et, surtout, de m’être mis au piano m’ont permis de faire progresser mon oreille.
Alors, nous sommes tous d’accords, il y a deux oreilles : l’oreille relative (la capacité à reconnaître des notes une fois que l’on dispose d’une note de référence ou, ce qui revient au même, la capacité à comparer des notes et estimer leurs intervalles) et l’oreille absolue (la capacité à reconnaître une note sans référence aucune ou, ce qui revient au même, la capacité à produire une note de mémoire).
Je me suis uniquement consacré au travail de l’oreille absolue.
Deux oreilles absolues?
On dit généralement que l’oreille absolue est acquise, « on l’a ou on l’a pas ». Alors comment puis-je « travailler » mon oreille absolue dans ces conditions?
Le travail consiste simplement à se concentrer sur le fait que chaque note sonne différemment d’une autre. Il s’agit de développer sa capacité à écouter autrement. Au lieu de se laisser emporter par la différence de hauteur entre deux notes (oreille relative, qui attire notre attention plus facilement), on se concentre sur le fait que le « timbre » de chaque note est différent (mais identique d’une octave à l’autre).
Cette observation simple, ajoutée au fait qu’il y aurait peut-être un gène pour l’oreille absolue (qui ne s’exprimerait, chez les porteurs, que chez les personnes ayant exercé leur oreille musicalement avant l’âge de 6 ans), amène quelques questions :
- Y a-t-il deux oreilles absolues? Une innée (gène) et une acquise (si oui, quelle est la méthode?).
- Les deux se valent-elles?
- S’il existe bien un gène pour l’oreille absolue, jusqu’à QUEL POINT peut-on développer sa perception de l’oreille absolue SANS ce gène?
Mon travail a consisté à concentrer mon attention sur cette différence de timbre entre deux notes. Sur ce point, « Perfect Pitch », de David Lucas Burge, a été d’une grande aide.
Perfect Pitch, de David Lucas Burge
La méthode de David Lucas Burge (en anglais) aide à porter son attention sur cette différence de timbre entre deux notes. Toutefois, le prix me semble bien élevé pour l’aide apportée. La méthode décrit le chemin qu’a suivi David Lucas Burge pour lui-même acquérir l’oreille absolue, diverses manières de prendre davantage conscience de ces différences de timbre et, enfin, des exercices pour piano et guitare pour développer son oreille absolue. Gros bémol : les exercices sont rébarbatifs et nécessitent en général un partenaire (je n’ai rien contre l’idée de travailler mon oreille avec un partenaire, bien au contraire, mais c’est simplement une contrainte de plus pour s’y mettre).
J’aurais aimé voir davantage de techniques pour mémoriser les 12 tons. Si je parviens maintenant, avec l’oreille absolue, à reconnaître avec justesse des notes plus souvent que par le passé, je réalise que ce qui me fait défaut est la capacité à mémoriser le timbre de chaque ton. L’oreille relative fait que tous les tons ont tendance à se ressembler et, si la concentration sur l’absolue aide à voir les petites variations dans le ressenti de chaque note, le problème est que tout cela est très subjectif. Au sein d’un morceau, le ressenti d’une note dépend du contexte ; par exemple un La peut aussi bien être triste que joyeux selon le contexte. Aussi, il est important de travailler les notes séparément, de manière posée, en dehors de tout morceau, pour commencer, afin de se concentrer sur ce que chaque ton a d’unique niveau timbre.
Pour vous économiser 140 dollars, voici quelques pistes pour renouer avec cette reconnaissance des timbres au sein des notes :
- Prenez votre instrument préféré et jouez un Fa#. Cette note est typiquement reconnue comme ayant un timbre « vibrant ». Fermez les yeux. Concentrez-vous sur la « couleur » ou la « texture » de ce ton. Répétez cela plusieurs fois, lentement, afin de percevoir la nature du son, indépendamment de toute autre note.
- Ecoutez la même note 2 ou 3 octaves plus bas ou plus haut, à votre guise. Concentrez-vous de nouveau sur la nature du son, essayez d’oublier la différence de hauteur de note entre les octaves.
- Fermez les yeux de nouveau et essayez de retrouver ce son « vibrant » ailleurs sur votre instrument. Procédez lentement et à tâtons. N’ouvrez les yeux que lorsque vous êtes convaincu d’avoir retrouvé ce son vibrant du départ, typique du Fa#.
Il se peut que vous réussissiez l’exercice dès le premier essai, il se peut que non. Ce n’est pas grave si vous n’y parvenez pas au premier essai. Essayez d’entendre la différence de timbre entre le Fa#de départ et la fausse note. Essayez cet exercice les jours suivants.
Essayez également cet exercice avec d’autres notes. Vous devriez percevoir que certains tons sont proches et d’autres ne le sont pas.
Cet exercice ne vous donne pas l’oreille absolue (avec toute son idée de perfection) mais vous offre une meilleure conscience de celle-ci. C’est une première étape indispensable. Cela développe chez vous une nouvelle manière d’aborder le son et affine votre oreille.
Un accordeur électronique (avec aiguille dans l’affichage) est également une bonne aide pour procéder en sens inverse et mettre un nom sur des notes que l’on a en tête ou les vérifier.
Mettre l’oreille relative de côté
Il est important de laisser l’oreille relative de côté lorsqu’on veut travailler son oreille absolue. Mon approche a consisté à travailler les groupes de notes le moins possible, au profit des notes seules. Ainsi, pour reproduire un air, j’essaie plutôt de percevoir la première note de celui-ci avec précision plutôt que diverses notes prises en même temps. Je me suis aussi concentré dans un premier temps sur les notes seules plutôt que les accords, afin que ma reconnaissance des tons ne soit pas perturbée par les autres tons de l’accord.
De la même manière, j’ai essayé de travailler sur tout le clavier (j’ai principalement travaillé mon oreille sur le piano plutôt que la guitare) afin de m’habituer à voir plus loin que la différence sombre/clair entre les sons. A noter : dans un premier temps, il me semblait préférable de travailler les graves plutôt que les aigus, ceux-ci ayant une durée plus longue sur un piano.
Lorsque j’essaye de retrouver un air, si je ne retrouve pas la tonalité au premier essai, plutôt que d’essayer de voir si je suis « trop haut ou trop bas », j’essaye d’écouter le timbre de la note et de retrouver lequel correspond au morceau que j’écoute ou ai en tête.
Comme c’est sur l’oreille relative que se concentre la majorité de la pratique musicale traditionnelle, les musiciens expérimentés auront peut-être plus de difficulté que les débutants sur ce travail. Les débutants et les enfants auront à mon humble avis plus de facilité à se prêter au jeu de l’entraînement de l’oreille absolue.
Progrès
En procédant comme décrit plus haut et en testant mon oreille sur divers morceaux au gré du hasard (but : reproduire un air dans la bonne tonalité au premier essai), j’ai clairement senti des progrès dans ma perception du son sous l’angle « absolu ».
Il s’agit pour l’instant de petites victoires mais le progrès est bien là, avec pourtant un travail plutôt minimal de fourni, faute de temps. Quelques exemples : retrouver des airs au premier essai, retrouver des notes au premier essai, retrouver les noms des cordes d’un violoncelle ainsi qu’un air avec justesse. Je ne réussis pas tous mes tests à chaque fois mais l’augmentation du nombre de réussites et le fait d’être plus prêt de la bonne note lorsque j’échoue est encourageant. Parfois, aussi, je confonds simplement deux notes qui ne sont pourtant pas proches de manière répétée (exemple type : Mi et La) simplement parce que leur timbre me semble similaire. Il me semble bien plus facile de retrouver la note sur le piano (ou sur la guitare) que de la nommer. Enfin, je commence à percevoir les multiples notes qui le composent lorsque j’entends un accord.
Il s’agit pour moi de victoires modestes mais encourageantes qui montrent clairement qu’il y a une marge de progrès dans le travail de l’oreille absolue, bien opposée à l’oreille relative. (Il est important de discerner lorsqu’on travaille l’un ou l’autre.)
Limites
Les témoignages sur ce site et ailleurs me donnent maintenant une vision assez claire de ce qu’est l’oreille absolue chez quelqu’un qui la maîtrise : une sorte de décodeur humain de notes en tons. Chez certains, la capacité de nommer toutes ces notes ainsi décodées. Chez d’autres, la capacité de les reproduire sur leur instrument à défaut de les nommer.
C’est-à-dire, la capacité à reconnaître le timbre de chaque note (et donc à identifier cette note, soit en l’association à son nom, soit en l’association à une position sur l’instrument), de manière rapide. Maintenant, que se passe-t-il lorsqu’il y a de nombreuses voix en simultané? Est-ce que vous êtes capable de « décoder » toutes les voix en notes en simultané? Aussi, êtes-vous capables de dire l’octave de la note en plus de son ton?
Alors, mon témoignage est bien sûr bien en de ça de cette réalité mais après tout cela ne fait que 8 mois que j’y travaille (quelles sont les capacités de départ d’un enfant qui a l’oreille absolue lorsqu’il commence la musique?). Il me semble intéressant de noter que cette capacité à identifier les tons au sein d’une musique n’en est encore qu’à ses débuts dans le monde informatique. Il existe certes des accordeurs capables d’identifier une fréquence et donc une note… En revanche, un logiciel capable de faire la même chose sur un morceau et sa superposition de voix n’est qu’une invention récente et constitue une révolution dans le monde de la musique sur ordinateur¹. Cela montre que la capacité à même comprendre le phénomène n’en est encore qu’à ses débuts.
Par ailleurs, un des problèmes lorsque l’on désire travailler son oreille devient rapidement : comment se tester?
On ne peut pas se tester sur un morceau que l’on connait, faute de savoir si c’est l’oreille ou la mémoire qui travaille.
On ne peut pas se tester sur un morceau pop avec certitude car les partitions ou tablatures trouvées en ligne ne sont pas toujours fiables.
Objectifs et méthode
Pour cette année, j’ai quelques pistes de travail pour l’oreille absolue :
- Revenir aux bases (perception des notes isolées), notamment sur des instruments où les notes « durent » (comme un orgue) et sans saigner des oreilles (choisir de bons sons, ce sera sur ordinateur à l’aide d’instruments virtuels à base de samples).
- Poursuivre ma décomposition des accords avec l’oreille absolue.
- Tester une méthode d’apprentissage du manche de la guitare qui pourrait m’aider à améliorer mon oreille absolue.
- Essayer le « M.A.P. Test Drive » de Katja Keller, payé prix coûtant, qui permet en principe d’acquérir la reconnaissance de deux notes.
- Travailler ma capacité à nommer les notes plutôt qu’à les trouver sur un instrument. Pour cela, m’intéresser davantage à tout ce qui est communication cerveau gauche-cerveau droit.
- Produire mon projet de test en ligne de l’oreille absolue, avec un mode entraînement personnalisé.
M’acheter un instrument à cordes non fretté est tentant mais me semble prématuré faute de temps. Ce serait pourtant idéal pour travailler mon oreille davantage. Si je trouve un violon pour une misère je saisirai l’occasion.
Conclusion
La question qui se pose maintenant est : jusqu’à quel point puis-je pousser ma perception absolue des notes?
La réponse dans un prochain numéro :)
Si vous avez des témoignages à apporter en tant que personne qui a l’oreille absolue ou qui essaye de la développer, vous êtes bien entendu les bienvenus.
Références :
¹ http://www.fluctuat.net/blog/10181-Melodyne-revolution-sonore
